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« Je ne peux pas savoir, moi, si personne ne me dit rien !» Si j'entends quelqu'un me dire ces paroles, j'ai immédiatement tous les poils qui se dressent, car aujourd'hui on peut tout savoir sur tout. La preuve, il y en a qui savent toujours tout sur tout. Mais, bien entendu, il y a aussi ceux qui ne savent jamais rien, et quelques-uns qui aimeraient bien savoir pourquoi. A l'école on m'a inculqué que savoir, c'est pouvoir. Honnêtement, ils doivent avoir triché parce que ceux qui y avaient le pouvoir n’avaient pas forcément le savoir. N’empêche que c’est le savoir qui nous distingue des autres animaux et qui nous donne du pouvoir. C'est pourtant le plus grand des érudits humains qui nous apprend de ne savoir qu'une chose, c'est qu'il ne sait rien. C’est quoi alors, le savoir?! Rien? C'est au moins la moitié de savoir-faire, parce que pour savoir il faut faire quelque chose. Est-ce que tout le monde le sait seulement ? Il y a ceux qui savent qu'ils ne savent pas faire, ceux qui ne le savent pas, ceux qui savent ce qu'ils font, ceux qui ne savent pas ce qu'ils font et ceux qui font sans savoir. Savoir ou ne pas savoir? Faut choisir! Mais pour choisir il faut savoir aussi, et puis on n’a pas toujours le choix. Savoir quoi, au fait? Savoir ce que l'on croit choisir, choisir ce que l'on croit savoir ou croire ce que l'on choisit de savoir? Vaut-il mieux savoir ce que l'on croit ou croire ce que l'on sait ? Savoir que l'on ne sait pas est bien plus affligeant que de ne pas le savoir, mais moins grave que de croire que l'on sait tout, et mieux que de croire tout. Ne faudrait-il pas vouloir aussi ? Vouloir savoir. Mais bien sûr, il est naturel de vouloir savoir! Mais il est naturel aussi que l'on ne sait pas toujours ce que l'on veut, pire, souvent on ne veut rien savoir. Bon bref, on n’est pas sorti de l’auberge ! Et puis merde alors, aujourd'hui on peut tout savoir sur tout, faut juste faire un petit effort, quoi. Mais... que faire si on ne sait pas que l’on peut ? Va savoir...!!

 

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pensées 2007

Coucou! devinez qui je suis, moi!

Lorsque l'on parle de minorités on parle de gens qui ne sont pas comme la majorité, des personnes qui pensent différemment. Il y a les extrémistes que l'on prend au sérieux parce qu'ils font peur par démesure, et il y a les visionnaires que l'on catalogue souvent comme fous, bizarres, étranges et je ne sais quoi encore, parce qu'ils ne se comportent pas de manière normale, comme tout le monde, quoi. Il y a quelques siècles, ceux qui croyaient que la terre était ronde et qu'elle tournait autour du soleil finissaient sur le bûcher. Aujourd'hui on se moque de ceux qui disent que la terre est toute petite et que dans 40 ans on aurait besoin de 2 planètes pour satisfaire l'humanité. Si la grande masse pense la même chose, c’est qu’elle a sûrement raison.
Justement, la raison est depuis toujours une marionnette dans le jeu du pouvoir. La nature des choses et les contraintes de la société humaine sont à l'origine de différentes cultures qui, elles, sont à l’origine de comportements adoptés par la majorité d'un peuple, d'une génération ou d'une communauté. Prenons un exemple au hasard: notre société occidentale moderne où des comportements suicidaires sont largement acceptés, voire codifiés par le législateur. Ah bon?! Pour la simple raison qu'ils sont indispensables à notre "prospérité". Et pourtant, personne ne peut dire de ne pas avoir entendu parler au moins une fois des conséquences que peuvent avoir nos agissements. On est bien au courant que par son pot d’échappement notre voiture n’évacue pas de l’encens à l'eau de rose. Mais c’est sans la moindre mauvaise conscience que l’on l’utilise pour des trajets facilement faisables à pieds, à vélo ou en transports publics. On sait très bien que notre terre est toute petite, que l'atmosphère qui l'entoure, et que nous respirons, ressemble plutôt à une peau très fine qu'à un espace infini et capable d'absorber tous nos déchets.
Essayez de rester dans un garage fermé en laissant tourner le moteur de la voiture! A votre avis, combien de temps vous y tiendrez? Rassurez-vous, ça irait très vite, à peine quelques minutes, selon la taille du garage, et vous vous endormiriez tranquillement et à jamais. Il suffit alors de calculer le même effet à l'échelle mondiale, on serait surpris du peu de temps qu'il faut pour intoxiquer l'atmosphère si on continue à cracher notre venin en toute légalité. Quoi ? Pour 6 milliards d'habitants sur la terre il n'y a que 500 millions de voitures ? Ah vous voulez dire que nous sommes une minorité bien sage, d'avoir tout fait pour épuiser les réserves de pétrole avant que les autres 5 milliards puissent y goûter...!!! Ah vous avez peur que le marché de l’automobile s’effondre. Mais non, il reste très prometteur, grâce à la voiture végétarienne. Si si, vous avez bien entendu, la voiture végétarienne.
Heureusement qu'il y a la viande! Ben oui, va falloir manger quelque chose si les voitures vont dévorer les réserves de céréales et de tous les végétaux qui se prêtent à faire de l'huile. La prévoyante industrie chimique viendra au secours et fournira autant de pitance qu'il faut pour produire de la viande, en quantité suffisante et bon marché. L’élevage en masse des animaux ne pollue pas du tout l’environnement non plus, nooon. Et puis, les animaux c'est juste un peu plus sophistiqué qu'un légume, une sorte de mécanisme vivant qui n'agit que par instinct inné. Ils bouffent, ils glandent et ils roupillent. Rien à voir avec les mammifères que nous sommes, nous! Oui d'accord, eux aussi ils respirent, voient, entendent,...euh, ouais s'émeuvent aussi, parfois, et flairent, hm, mieux que nous sans doute, d'accord. Mais on a toujours mangé de la viande ! D'ailleurs, si vraiment ils souffrent, ce n'est pas pour longtemps car on fait tout pour raccourcir le temps entre naissance et abattoir. Alors, ne manger que des choux-fleurs? C'est pour les pédés, ça!
Vous allez vous dire: "mais quelle mouche l'a piqué celui-là?!?" Et quelque part vous avez raison parce que, moi aussi, j'utilise la voiture, la moto, je prends l'avion et je mange de la viande. Depuis un certain temps je me demande cependant si mon comportement et mes habitudes ne sont pas la conséquence d'une lâcheté commune: me laisser porter par le courant et passer inaperçu dans l'habit de Monsieur tout le monde. Le choix de la facilité, quoi. Je me croyais pourtant appartenir à une minorité parce que j'ai eu le "courage" d'avoir fait le mur de Berlin. En vérité, je n'ai fait que fuir un système que je croyais injuste pour me faire avoir par un autre que je croyais libre. Je consomme ce dont j'ai envie et je circule librement où je veux. Qu'est-ce que je cherche de plus? A être plus intéressant que les autres? Mais le courage, ce n'est pas ça! Au fond, je sais très bien ce qu'il faudrait faire. Seulement, par où commencer? Quand je roule à vélo je déteste les voitures qui polluent et quand je conduis la voiture j'ai horreur des cyclistes qui ralentissent tout... Vous voyez le problème? Ah, la liberté ce n'est pas facile!
Le courage, c’est pourtant simple, il suffit d'accepter les contraintes de ses convictions. On n'est pas forcément ridicule si on fait partie d'une minorité qui défend des valeurs "pas à la mode", mais qui ont un sens. On est seulement ridicule lorsqu'on a peur de l'être. Il n'y a pas de recette pour le bonheur, il n'y a ni vrai ni faux, ni bon ni mauvais, mais il y a une valeur sûre: le bon sens. Souvent on le fuit par peur qu'il nous trompe, par peur d'être redevable pour quelque chose, par peur de modestie et surtout par peur d'être seul.
Que faire alors? A chacun de voir ou de ne pas voir, d'accepter ou de ne pas accepter. Adapter son comportement à l’ère du temps! Et c’est quoi, l’ère du temps? C'est que le temps est compté. Pensons-y! Y penser est peut-être le déclenchement pour le savoir ... et puis, un jour, la majorité aura peut-être (trouvé la) raison. En attendant, et pour ce qui me concerne, j'essayerai de balayer davantage devant chez moi avant de juger les autres, même si je suis seul à balayer… et sans forcément attendre quelque chose en retour.

 



Déambulant dans les gorges de Manhattan à l'heure de pointe, je me laisse porter par le courant humain. Une chape de plomb caniculaire et le poids de plusieurs décalages horaires, subis en quelques semaines, pèsent sur ma substance grise intracrânienne en pleine effervescence. Depuis un an elle a emmagasiné une telle quantité d'impressions que vraisemblablement elle a envie de vacances. Ca tombe bien, parce que là, on est en Amérique. Pas la peine de se compliquer la vie, on suit les flèches et ça roule. Euh, je ne serais pas un peu mauvaise langue, là ? Hm ?
C'est dans une gare de métro que la température devient vraiment insupportable et que mon regard est attiré par une phrase, affichée partout et écrite en gras, "If you see something, say something!" (Si vous voyez quelque chose, dites quelque chose"). L'explication en dessous invite à contacter la police ou la "Terrorism-Hotline" au cas où on observerait le "comportement suspect" d'une personne... J'ai eu soudain comme une réminiscence historique, le Reich, la zone soviétique, "dites-nous si quelque chose n'est pas "normal !" Moins on sait, mieux on se porte. Il suffit de croire ce que l'on ne sait pas pour pouvoir faire ce que l'on ne veut pas.
En sortant du métro, plongé dans mes réflexions, je tombe sur une femme, pâle et au regard éteint, affirmant sur une pancarte que "you have to be catholic to get to heaven" (pour aller au ciel, vous devez être catholique). Comment elle sait ça, elle? Est-ce qu'il faut que j'appelle la police ou que je lui donne une pièce d'argent ? Personne ne lui prête la moindre attention. Une foule d'êtres indifférents tellement différents grouille devant mes yeux. Chacun marche sur le bon côté du trottoir, certes, mais personne ne porte d'uniforme. Je vois des costumes-à-cravatte, des saris, des jeans, des burkas, des tuniques, des khadis, des soutanes, des jupes, des turbans, des croix, des voiles, des casquettes, des basquettes, des kippas, des képis, des blancs, des noirs, des jaunes, des basanés…tiens, un jaune basané…des barbus, des moustachus, des tatoués, des percés, des maigres, des gros, des plus gros, des plus gros encore...
Une créature hirsute, sur un vélo déglingué et couinant, roule en zigzag au milieu de la route, chante à tue-tête et bloque la route au flot des taxis. Entre un énorme drapeau américain et le feu tricolore, un panneau rouge interdit de klaxonner sous peine d'amende de 350 Dollars. Personne ne s'offusque donc et c'est le sifflet du Sheriff qui rappelle à l'ordre le délinquant déglinguant. Savoir-faire ou savoir faire régner l'ordre ? J'observe en marchant et faillis renverser un homme-sandwich, pancarte devant pancarte derrière, qui propose 50% de réduction sur des sacs à main italiens en cuir. Stationné devant un stand de pretzels décoré de drapeaux américains, il distribue stoïquement des cartes de visite d'un magasin aux maroquineries romaines. J'en prends deux pour me faire pardonner mon inattention.
Un peu plus loin, sous un autre drapeau américain, je sens deux yeux braqués sur moi. Un, euh, une? Non c'est bien un... un noir, svelte, aux boucles d'oreilles aussi grandes qu'un perroquet pourrait s'y asseoir, d'énormes colliers autour du cou, du rouge écarlate sur les lèvres, des bottes jusqu'aux cuisses et un toupet en queue de cheval au milieu de la tête, il me sourit de manière qui se veut séduisante et se met à roucouler lorsque je passe tout près. Ne sachant où regarder et ne voulant être ni "rude" ni faire croire qu'il pourrait espérer quelque chose, j'accélère mon pas et esquisse un sourire pincé. Juste au moment où je m'apprête à rediriger le regard dans le sens de ma route, je collisionne avec une fille énorme en train de déguster une glace pas moins impressionnante. Laissant des traces violettes sur mon t-shirt blanc, la glace s'enfouit entre les bourrelets de la fille qui elle, blafarde et comme touchée par la foudre, se met à chanceler. Non !!! Si elle tombe sur moi, je serais mal barré, sinon, c'est la route qui serait barrée. Un impact néfaste dans les deux cas. Alors, faire quelque chose ! Le faire vite ! Tout autour de moi se met au ralenti, ou est-ce tout en moi ? Quoi qu'il en soit, son accoutrement vert et moulant n'offre aucun point d'accroche pour la tenir. Je compte sur un effet poussah de ses fesses afin d'éviter l'esclandre provoqué par un affalement sec. Mais surtout, je ne cède pas à la panique et supplie la gravitation de donner du répit à cette pauvre fille, au moins pendant un petit un instant. Nos regards s'agrippent et c'est par là que je la tiens. Elle lutte comme tante Pétunia gonflée se bat contre son mauvais sort. Après un temps, reconquérant l'équilibre de son corps, ses yeux se rétractent doucement dans le creux de leur emplacement, un soupçon de couleur reflue vers les joues blêmes et, peu à peu, la figure terrorisée se re-métamorphose en mine humaine. Nos regards sont toujours entrelacés et, à ma grande frayeur, je constate qu'il m'est impossible de détourner le mien. Pire, le sien ébauche une sorte d'œillade voluptueuse qui m'ensorcelle. Tout ce qui s'était mis au ralenti autour de moi, ou en moi, je ne sais plus, se précipite soudainement à tourner dans l'autre sens. Les taxis, les vélos, les pretzels, les catholiques, les perroquets… même le bruit est à l'envers. Au secours ! See something, say something ! La Terrorism-Hotline ! Glrghg !
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Aucun son ne sort de mon gosier. Un murmure étrange bourdonne dans mes oreilles et quelqu'un me donne une tape dans le côté. La gravitation m'a mal compris, elle me retire le sol sous les pieds et je tombe dans le viiide ! A côté de moi un homme à kippa et deux cubes, l'un attaché sur la tête, l'autre au bras gauche, avec une bible écrite à l'envers devant lui, marmotte des versets étranges et agite ses bras en gesticulant de manière étonnante. Il fait comme si je n'existais pas et, ci et là, j'encaisse un petit coup de coude dans le flanc. En revanche, le visage de la fille est devenu fin et très beaux. En me souriant d'en haut et d'un air serein elle a enfin retrouvé la parole. D'une voix chaleureuse et rassurante, dans un français impeccable, elle m'avertit que nous sommes en train de traverser une zone de turbulences et qu'il serait préférable d'attacher la ceinture de sécurité…





Le quotidien est souvent synonyme de routine. On fait son chemin en regardant de moins en moins à droite et à gauche, bien que sur les routes de Bombay cela soit vivement recommandé!
Alors que je commence à ne plus trouver curieux certains détails, il y a de petits épisodes, a priori complètement insignifiants, qui peuvent devenir des événements inoubliables. Prenons pour illustration l'utilisation des transports publics à l'heure de pointe du soir, et juste avant la mousson, c'est-à-dire le moment le plus chaud de l'année:

Bus n° 259, mode d'emploi,
se mettre dans le starting-block à une trentaine de mètres AVANT l'arrêt de bus, ne pas quitter des yeux la route pour apercevoir, en premier, les chiffres hindis du numéro de bus dans le flot incessant de véhicules; préparer l'argent pour le ticket; une fois repéré le bon numéro, vite enlever les lunettes et les mettre dans un étui solide ; respirer profondément et longuement, se préparer à un plongeon en apnée de durée indéterminée ; commencer à courir à côté du bus et essayer d'attraper, en premier, un morceau quelconque de la porte arrière ouverte du bus, avec la main libre protéger son sac à dos; si on n'a pas réussi à être le premier, chercher une dizaine de centimètres libres entre une dizaine pieds sur la première marche de l'escalier du bus, et sauter; bien s'accrocher et tenir bon jusqu'à ce que le bus soit arrivé à l'arrêt; une fois qu'il y est, pousser celui ou celle qui est devant vous pour laisser la place à ceux qui vont sauter après (et il y en a encore tout un paquet!); une fois atteint la deuxième marche, se laisser pousser vers la troisième ; le nez coincé sous l'aisselle de la personne devant (espérer ou imaginer que ce soit du parfum), se laisser pousser sur la dernière marche et vers l'intérieur ; tenir son billet de dix roupies au dessus de la surface de la mer de têtes de passagers; le billet d'argent disparaît et un ticket de bus avec deux pièces de monnaie se glissent, comme par miracle, dans la main immobilisée; penser à un iceberg ou, si on est moins rêveur, à un sauna surchauffé, ou bien au livre Guinness des records: dans une cabine téléphonique on peut bien rentrer 18 personnes...si si...
Ah, si seulement on pouvait respirer par la main...; ne pas essayer de bouger, ne pas essayer de se gratter, ne pas essayer de distinguer des odeurs, ne pas se révolter contre la mauvaise personne si on sent une main coincée entre les fesses; patienter, sourire à la personne dont on sent le bout du nez dans l'oeil, ça pourrait être la personne dont le pied se trouve sous le sien; patienter; au bout d'un certain temps fermer l'oeil libre et essayer de reconnaître le bruit de l'arrêt auquel on souhaite descendre; si on est blanc quelqu'un va demander gentiment si on sait où descendre, répondre: "merci, je sais où je dois descendre, mais je ne sais pas COMMENT descendre...", Et là, surprise! une force invisible, comme par un "sésame ouvre-toi", fait qu'on se meut dans la direction où doit se trouver l'ouverture, la vie, un mélange de gaz et de poussière, mais contenant de l'oxygène, dieu merci!!; on sent glisser des peaux moites le long de son corps, couvert de tissus "mouillés", on entend quelques craquements d'os dans l'entourage, quelques mots en étranger semblent accélérer les contractions du monstre; ça y est, on entend le bruit de vieux freins
usés, et soudain la gravitation tire dans le sens opposé, allez, encore un dernier effort! S'accrocher le mieux possible à la masse vivante, profitant des nids de poule sur la route pour se positionner et compter sur l'effet catapulte l'instant où le bruit des freins cessera..., ah, tenir bon, glrhg, serrer les fesses (peu importe si on écrase un doigt), on le sent venir, on le sent... ooooh, vlaf!!! la sortieeee!!! Fermer les yeux et prier qu'il n'y ait pas de véhicule qui fonce sur ce que, dans d'autres pays, on appelle le trottoir...
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Ma chère Ambre,

Aujourd'hui tu es encore beaucoup trop petite pour lire... mais quand tu le sauras, le monde n'aura sûrement pas changé autant que toi. C'est pourquoi je voudrais te raconter une histoire qui, en vérité, n'en est pas une...
Dans un pays très très lointain et tellement grand que la France y rentrerait facilement 10 fois, et que l'on appelle l'Inde, il y a une ville immense nommée Bombay. Dans cette ville, parmi des millions de personnes, il y a une petite fille qui a peut-être 5 ou 6 ans. Tous les matins je la vois, assise devant sa maison, pas très loin de la mienne. Elle joue avec plein de choses qui se trouvent autour d'elle. Juste à côté d'elle, il y a une autre fille qui a peut-être 12 ans. Elle est assise derrière un grand plateau plein de poissons et sourit aux gens qui passent. Un peu plus loin, une femme, sans âge, est elle aussi assise derrière un grand plateau avec des poissons. Un peu plus loin encore, à moitié allongée, le coude appuyé, une très vieille femme qui regarde quelque part, ou nulle part, sinon elle ne fait rien.
Et le soir, quand je rentre de mon travail, elles sont toujours là, devant leur maison. La petite fille, jouant avec ce qui l'entoure, la plus grande derrière le plateau de poissons, à moitié vide...la femme penchée sur une grande casserole suspendue au-dessus d'un feu, et la vieille, toujours là où elle était le matin, à regarder. Elles sont habillées et coiffées tout en couleurs, sur le front, entre les yeux, elles ont un point rouge. Elles portent des saris, des tissus en soie dont s'enveloppent beaucoup de femmes indiennes. On dirait des princesses. Leurs cheveux sont noirs et très longs, leur peau a un teint très sombre, et elles ont de grands et très beaux yeux. Le soir il y a un homme avec elles. Il a une grosse moustache et sur le front il a un point rouge lui aussi. Il est assis à côté de la femme, auprès du feu.
Dans la maison en face... non, au fait, avant de traverser la rue j'ai oublié quelque chose. La maison où habite la petite fille n'est pas une maison comme la tienne. Ce n'est pas un château non plus où habiteraient les princesses. Non, c'est quelque chose comme... une tente. Sur des bâtons en bois, enfoncés dans la terre, on a mis des bâches, des tissus et de la tôle. On appelle ça un taudis aussi. Autant que l'on peut voir dans l'ombre, il n'y a rien à l'intérieur. A côté, il y a une autre maison comme ça, et a côté de celle-là encore une autre, et puis une autre, et puis la suivante et beaucoup d'autres... toutes pareilles.
Là où est assise la petite fille ce n'est pas le jardin, c'est le bord d'une route où, tout près, passent des voitures, des motos, des bus et des camions, qui font beaucoup beaucoup de bruit et beaucoup de poussière qui noircit les jolis vêtements en couleurs. La petite fille ne porte pas de chaussures, et les objets avec lesquels elle joue ne sont pas des jouets. Ce sont des pierres, des sacs en plastique vides, de vieux bidons... et d'énormes corbeaux noirs qui lorgnent le plateau avec les poissons.
Alors, ...de l'autre côté de la rue il y a une autre maison. Dans cette maison habite une autre petite fille de 5 ou 6 ans. Tous les matins elle part avec un sac à dos... enfin, de la rue on ne la voit que pendant quelques secondes, au moment où le gardien ouvre le grand portail forgé, dans un parc, sortant d'un immense bâtiment, lorsqu'elle dit au revoir à sa maman sur le seuil de la porte et qu'elle disparaît dans une voiture avec un chauffeur.
Chaque jour elle porte de nouveaux vêtements, de très jolie robes, des blouses bien blanches et des chaussures. Elle aussi a une peau foncée, de longs cheveux noirs et de grands et très beaux yeux. Mais elle n'a pas de point rouge sur le front.
Tous les matins elle va à l'école, où elle apprend à lire, à écrire, à compter, à calculer, à savoir ce que font les gens dans d'autres quartiers, dans d'autres villes et dans d'autres pays. Elles pourra lire des histoires, des livres et les journaux. Elle pourra savoir comment font les autres gens pour vivre. Elle apprend ce qu'elle a le droit de faire et ce qui est interdit, comment elle doit se comporter avec les autres, pourquoi quelques gens ont un point rouge sur le front et d'autres pas. Elle apprendra à chanter, à dessiner, et peut-être même à jouer d'un instrument de musique. Elle apprend aussi l'anglais, la langue qui lui permettra de parler avec des gens sur la terre entière... Et le soir, après le dîner, quand elle s'endort avec sa péluche préférée dans une chambre bien rangée et bien propre, elle fera des rêves de pays lointains, des pays comme la France peut-être, dont elle sait qu'elle existe, où elle se trouve et qu'elle visitera sûrement un jour... Mais elle ne va peut-être jamais rencontrer la petite fille de l'autre côté de la rue.
Cette petite fille-là, elle ne sait pas ce que l'on apprend à l'école. Elle n'apprend pas à lire des histoires ni à écrire ce qu'elle pense. Elle n'apprend pas ce qu'elle a le droit de faire. Le soir quand elle s'endort, dans la poussière, au bord de cette route bruyante, elle rêve des corbeaux qui volent les poissons, que plus tard elle sera une très bonne vendeuse de poissons, comme sa grande soeur, que plus tard encore elle saura faire de très bonnes soupes et plats, comme sa maman, et que beaucoup plus tard encore elle pourra se reposer et regarder ses enfants et ses grands-enfants vendre des poissons, comme grand-mère...
Tu vois, ce n'est pas vraiment une histoire, et ce n'est pas quelque chose d'extraordinaire non plus, du moins pas dans le pays que l'on appelle l'Inde. Mais ce qui est important, c'est que toi, tu peux aller jouer avec toutes les autres petites filles, que tu pourras lire des histoires, chanter, dessiner... que ce soir tu t'endormiras peut-être en rêvant de pays lointains que tu visiteras sûrement un jour. Et qui sait, peut-être un jour tu rencontreras une petite fille avec qui tu parleras en anglais, elle te parlera d'une fille qui vit au bord d'une route, et qu'elle n'ose pas aller la voir parce que chez elle tout le monde lui dit que "cela ne se fait pas!" Vous déciderez peut-être d'aller la voir ensemble, et de jouer toutes les trois...

à très bientôt
Dia





Après le récit du dîner d'avant hier soir, on pourrait avoir l'impression que c'est une ville horrible... Il est vrai qu'un européen peut être choqué par beaucoup de choses. Sauf s'il veut bien accepter que rien n'est comme à la maison. Bien entendu, la première impression est ce que l'on observe dans la rue et, franchement, il y a de quoi "s'inquiéter". A commencer par la circulation: la seule règle qui semble exister c'est de conduire à gauche...et encore..., un code de la route euh… Le deuxième jour après mon arrivée Mallan (le mari de Farida) m'a laissé conduire tout seul à travers toute la ville... je lui ai posé la question sur la priorité : « celui qui vient de gauche ou celui qui vient de droite ? » « Mais non, c'est le plus grand, le plus rapide ou le plus fou ! » Son conseil: "Sois agressif!!". Hé oui, les premiers 100 mètres pour m'habituer au manche à vitesses à gauche, les deuxièmes 100 mètres pour comprendre que ce n'est pas la peine d'attendre quoi, où et qui que ce soit, et puis à partir de 300 mètres on se met à klaxonner, comme tout le monde. C'est le signal officiel pour indiquer qu'on arrive. Sur les camions il est écrit: "Horn Ok Please" (klaxonnez, s.v.p.!)... Bon, bref, il faut un certain sens d'humour pour conduire à Mumbai. Si on n'en a pas, on prend un chauffeur. En voilà une autre chose qui pourrait heurter certaines âmes sensibles: avoir un chauffeur ou une femme de ménage. Cela ne coûte "rien" si on calcule en "européen". "Mais c'est de l'exploitation pure et simple!!". Hm, on peut le voir aussi comme ça : chaque fois que quelqu'un emploie quelqu'un, c'est à chaque fois quelqu'un de moins dans la rue.
Dans notre bureau il y a un gars qui travaille pour un organisme de charité, "Each one feed one, each one teach one". En Inde, la proportion entre "très" pauvres et plus ou moins riches est approximativement 50/50... Alors, cette idée de each one teach one n'est pas bête du tout. « Il faut bien commencer quelque part!" m'a dit le gars. D'ailleurs, une prise de conscience à l'intérieur du pays même est mille fois mieux que de la générosité qui vient de l'étranger. J'avoue, jusqu'à présent je ne connais pas grand-chose de l'Inde, juste une partie de Mumbai, mais ce que je peux dire des gens de cette ville c'est qu'ils sont surprenants. Enfin, surprenant pour un européen. Personne n'a encore essayé de m'arnaquer! Au contraire, hier soir par exemple, en faisant mes courses (j'avais sûrement l'air un peu paumé entre les étagères pleines d'épices) j'ai pris un verre de miel et au moment où je voulais passer à un autre rayon il y avait un petit bonhomme qui vient vers moi et me tend un autre verre de miel en disant "aujourrrrd'hui il est en prrrromotion, vous en avez deux pour le prrrrix d'un (!?!?). Et à la caisse il ne m'ont vraiment compté qu'un verre. Un autre jour, en rentrant, le chauffeur de rickshaw n'avait pas de monnaie pour me rendre exactement ce qu'il fallait. Il avait l'air désolé et voulait absolument me rendre mon billet... en disant que c'est de sa faute... non, mais, où vous avez vu ça!?!? (Je vous rassure, je n'ai pas accepté le billet)... Et l'hospitalité des gens, incroyable. On est chez soi avant même d'avoir franchi le seuil de la porte, (merci à Farida et Mallan!!). Si un salaire de 80€ par mois est vraiment peu, on n'est pas obligé d'aller dans en "boîte" tous les soirs. Un trajet de 20 minutes en rickshaw coûte même pas 1 €, en bus 9 centimes, et puis, il y a des restos où on mange correctement pour 2 euros... La langue parlée est l'anglais, mais tout le monde parle hindi, souvent c'est un mélange entre les deux... Je voulais encore parler d'un truc, mais j'ai oublié, et puis là, je tombe de fatigue... à la prochaine, alors. Bonne nuit!!




Pour la deuxième fois consécutive je viens de faire le trajet travail - maison à pieds, et ce que j'avais soupçonné hier s'est confirmé aujourd'hui: on est aussi vite à pieds qu'en rickshaw. En effet, les rues ici sont un endroit public où tout passe, rickshaws, motos, camions, bus, vélos, voitures, piétons, chèvres, chiens (en grand nombre), vaches (plus rares), j'avais même vu des porcs... Tout circule, se bouscule, klaxonne, pousse, avance, recule, traverse, se fraye un chemin, quoi.
Là, je fais une halte dans une sorte de restaurant au bord de cette chose bouillonnante, au nord de la ville, en face d'un temple de...euh, les dieux sont également assez nombreux, et apparemment c'est l'anniversaire de l'un d'entre eux aujourd'hui. Il fait nuit, les adeptes poussent des chariots couverts de fleurs, ils bloquent la route et un orage de klaxons va aussitôt à s'abattre sur tout ce tohu-bohu, l'air commence à s'épaissir par les gaz d'échappement, s'y ajoutent à l'instant des explosions de pétards à raison d'au moins 50 explosions par seconde... impossible de respirer. Une couche de poussière couvre les verres de mes lunettes, mes tympans sont mis à rude épreuve...et...eux, ils dansent, trémoussent, gigotent dans tous les sens, il ne fait apparemment pas assez chaud !?! Je ne bouge pas, mais la sueur coule tout le long de mon corps...
Enfin, plus de pétards, ils dégagent. Aussitôt se déclenche un tremblement de terre, provoqué par une masse grise d'engins et d'êtres, jusqu'alors bloqués dans une indescriptible opacité étouffante sur une piste bordée de bicoques en tôle, bois, chiffons, terre... Un nouveau nuage de poussière, de cris et de klaxons envahit le peu d'espace qui reste pour être assis derrière le comptoir dont le panneau indique "Royal Restaurant"... Peu à peu le calme revient. Enfin, calme signifie qu'on peut s'entendre en criant. Le bruit ne cesse jamais, jamais...jamais. Absorbé par la scène je ne me suis pas rendu compte d'une chose flagrante: j'ai la bouche en feu!! Manger à Bombay, pour le peu que je le connais, cela veut dire aseptiser les entrailles par du piment...et si je dis entrailles, je ne vous dis pas la bouche...
Ce soir, je n'ai pas pris le même chemin qu'hier parce que ce matin le conducteur du rickshaw était un peu paumé en cherchant l'adresse que je lui ai indiquée. Il nous avait perdu dans des coins d'un aspect assez, hm, peu touristique, quelque chose qui me rappelle beaucoup les bidonvilles d'Amérique du Sud. Bien entendu, j'ai voulu faire le même chemin à pieds au retour, me plonger dans la marée humaine. Un milliard de personnes!! Où peuvent-ils bien se cacher ? En traversant ce quartier on commence à deviner. Des photos? Pardonnez-moi de ne pas en avoir pris au centre de cet enfer. Honnêtement, c'était moins par peur d'être volé que par honte. Malgré tout, lorsque l'on leur regarde au fond des yeux, en souriant, le sourire est rendu immédiatement et, contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'y avait aucune main tendue vers moi pour demander de l'argent ou quoi que ce soit. Bien que les têtes se retournent quand je passe, je ne me suis senti ni en insécurité, ni vraiment étranger...
Mais là, je commence à sentir une chose: au fur et à mesure que le feu s'éteint dans ma bouche c'est un grincement bizarre entre les dents, en mâchant. Bien sûr, la poussière ne fait pas que se poser paisiblement sur les vêtements et dans les cheveux...